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jeudi 6 octobre 2011

Tunisie : l'Union Européenne veut redorer son blason


Protestations d’amitié, promesses de dons… L’Union européenne et les États-Unis se livrent à une offensive de charme pour conquérir la Tunisie.

La révolution tunisienne n’a pas seulement fait tomber un régime, elle a aussi rebattu les cartes du jeu diplomatique. Symbole du Printemps arabe, la Tunisie suscite un vif intérêt chez les pays occidentaux, bien décidés à en faire une vitrine de la démocratie au Maghreb.
Le 28 septembre, Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, était à Tunis pour présider au côté de Béji Caïd Essebsi, le Premier ministre, la première réunion du groupe de travail Union européenne-Tunisie. « Nous voulons que vous réussissiez. Je suis ici pour relancer l’économie et créer des emplois », a-t-elle affirmé. Lors de cette réunion, qui s’est tenue en présence de représentants d’institutions financières (FMI, BEI, BERD, BAD), mais aussi de l’Union pour la Méditerranée et du partenariat G8 Deauville, la Tunisie a obtenu une aide de 157 millions d’euros, destinée à dynamiser son économie et à développer son agriculture.
À moins d’un mois des élections, l’UE envoie un signal fort. Sans doute est-elle désireuse de rattraper les erreurs commises en début d’année. En février, par exemple, Afif Chelbi, alors ministre de l’Industrie, avait qualifié de « ridicules » les 17 millions d’euros qu’elle proposait.
Tempo
Jugée bureaucratique et en proie à la crise, l’UE suscite peu d’enthousiasme dans l’opinion tunisienne. Beaucoup ont été déçus qu’elle ne leur accorde pas le « statut avancé » qu’avait obtenu le Maroc en 2008. « On a vécu une accélération de l’Histoire, mais nos partenaires, eux, sont restés dans le même tempo », déplore un ancien diplomate. En juillet, l’UE a nommé l’Espagnol Bernardino León représentant spécial pour le sud de la Méditerranée. Ce diplomate de carrière, qui a une très bonne connaissance du monde arabe, est chargé de redorer le blason de l’Europe dans la région.
Mais la véritable déception vient de la France. Malgré la visite de nombreux ministres à Tunis et la promesse d’Alain Juppé de débloquer une aide de 350 millions d’euros, les Tunisiens ont du mal à pardonner à Paris son attitude au début de la révolution. Quant à l’ambassadeur, le jeune et controversé Boris Boillon, il peine à reconquérir les cœurs. « La France a pris beaucoup de retard. Avant la révolution, elle n’avait pas de relais dans la société et était mal informée. Elle n’a plus la cote », explique le consultant Cyril Ghislain Karray.
Un désamour dont pourraient profiter les États-Unis. Le 7 octobre, Barack Obama doit recevoir Béji Caïd Essebsi à Washington. Décidés à gagner du terrain, les Américains ont été les plus prompts à saluer la révolution, et Jeffrey Feltman, sous-secrétaire d’État chargé du Proche-Orient, a été le premier haut responsable occidental à se rendre à Tunis après la chute de Ben Ali. Avec WikiLeaks, les Tunisiens ont par ailleurs découvert que, sous son règne, l’administration américaine préférait diversifier ses interlocuteurs en finançant lobbies, think-thanks et blogueurs. « Pour ce qui est des promesses de dons, les Américains restent très vagues », ajoute Karray. Prudents face à une opinion souvent hostile à leur égard, ils tiennent à rassurer contre toute tentative d’ingérence. « La transition démocratique tunisienne ne sera pas “made in America”. Nous respectons une totale neutralité sur le plan politique », a assuré le parlementaire républicain David Dreier, en visite à Tunis le 27 septembre.

mardi 4 octobre 2011

Processus démocratique en Tunisie : Malgré les islamistes, l’espoir demeure

Les Tunisiens se sont libérés du lourd poids qui pesait sur leurs épaules, celui de la peur, la peur de la police politique omniprésente du temps de Ben Ali.

 Pour le journaliste qui a eu déjà à séjourner en Tunisie du temps de l’ancien régime, la différence est grande. Il était pratiquement impossible de discuter avec un universitaire ou un journaliste de politique ou d’un sujet sensible, y compris en dehors de la Tunisie.

 L’impression qui y régnait laissait croire que chaque Tunisien était surveillé de près et que chacun surveillait son compatriote. Et le fait de parler pouvait lui coûter cher. A l’aéroport de Carthage, on ne demande plus au journaliste algérien ce qu’il vient faire en Tunisie. Mais la question de savoir pour quel journal il travaille et dans quel pays est basé le media est de rigueur. Le comportement du policier de la PAF reste prévenant. Le chauffeur qui nous accompagne à l’hôtel nous confie que depuis l’apparition légale du parti islamiste Ennahda, sa femme porte le niqab et elle espère que lorsqu’Ennahda arrivera au pouvoir, il interdira la vente de la bière.

Les employés de l’hôtel sont décontractés et les regards ne sont pas aussi méfiants qu’avant vis-à-vis des étrangers. L’atmosphère policière a disparu avec la révolution. C’est, du moins, les premières impressions que nous avons en arrivant à Tunis.
Le tourisme fait vivre beaucoup de Tunisiens et pour Ahmed, réceptionniste, «si Enahda touche au tourisme, il aura contre lui les Tunisiens». Le secteur du tourisme emploie 400 000 Tunisiens. En 2010, 6,9 millions de touristes se sont rendus en Tunisie, selon des chiffres officiels, en majorité des Européens.
La révolution a libéré la parole chez les Tunisiens
Sofia, journaliste, est à l’aise quand elle nous déclare : «La dictature est tombée, maintenant il faut construire la démocratie». La question était simple : «Comment voyez-vous l’avenir ?» Le soir, le chauffeur qui nous emmène au centre-ville tient un  discours plus direct quand nous lui demandons comment il voit la situation. «Je ne compte sur aucun parti politique pour me régler mes problèmes, j’ai travaillé durement et je continue à le faire pour vivre», répond-il.
«D’ailleurs, je ne pense pas aller voter le 23 octobre prochain», nous affirme-t-il. Au retour, un autre chauffeur de taxi est plus prolifique quand nous lui posons la question de savoir comment il voit la situation actuelle après la révolution. Sa réponse est cinglante : «Je regrette la situation d’avant !» Pourquoi ? «La sécurité était assurée. Maintenant ce n’est plus le cas, il y a des agressions, des braquages, y compris des vols de véhicules», nous dit-il.Il est vrai que la situation actuelle a libéré la parole, mais aussi la délinquance qui était durement réprimée. Les jeunes désœuvrés n’ont plus peur de la police comme avant. Mais le chauffeur de taxi reste optimiste : «Il faudra attendre deux ou trois ans pour voir les résultats positifs de la révolution du 14 janvier.»
Policiers et militaires travaillent en équipe et sont postés à tous les carrefours de la ville, jour et nuit. Des patrouilles de policiers en uniforme ou en civil circulent la nuit, surtout aux alentours de la ville pour prévenir les éventuels actes d’agression. Au centre de Tunis, certains établissements ferment avant minuit. En réalité, la situation n’est pas très différente par rapport aux grandes villes dans le monde. Sauf qu’avant, il était possible de circuler la nuit à Tunis-ville en toute quiétude, même pour une femme seule.
Le record de l’Algérie a été battu avec 111 partis
La Tunisie a battu le record de l’Algérie avec plus d’une centaine de partis politiques agréés pour une population trois fois moindre. Il faut rappeler que l’instauration du multipartisme après 1989, en Algérie, avait donné lieu à la création de près de 60 partis qui avaient été agréés. Cette situation avait déjà eu un effet négatif sur l’opinion que se faisaient les citoyens sur le nouveau paysage politique, marqué par le multipartisme, même si la Constitution autorisait les citoyens à le faire.
Mais comment, dans un petit pays comme la Tunisie, peut-on se retrouver avec autant de partis en si peu de temps ? Est-ce que ce foisonnement de partis ne va pas avoir un effet négatif sur l’activité politique et peut-être éloigner encore davantage les citoyens de la chose politique ? Ce foisonnement de sigles pourrait profiter à une seule force politique qui arriverait à apparaître comme un bloc soudé. Pour comprendre cette situation, nous avons demandé à un militant des droits de l’homme ce qu’il en pensait. La réponse est simple, nous dit-il : «Derrière ces partis nouvellement nés, il y a de nombreux responsables de l’ex-RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique), le parti de Ben Ali, qui était au pouvoir».
Après la dissolution du RCD, ils se recyclent dans de nouveaux partis. Malgré la présence d’autres formations sur la scène politique,  le RCD était hégémonique ; il a été dissous par décision judiciaire en première instance le 9 mars dernier. Le recours a été rejeté vingt jours plus tard. En 2008, le RCD revendiquait 2 196 323 membres pour une population d’environ 10 millions d’habitants, soit un Tunisien adulte sur quatre. Il était considéré comme un tremplin social. Après la révolution du 14 janvier, il a été exclu de l’Internationale socialiste dont il était membre.
Selon un décompte établi par le ministère tunisien de l’Intérieur, au 24 juin, le ministère avait autorisé 86 nouveaux partis pour arriver à un total de 94 partis, et était en train d’étudier 5 projets d’autorisation de partis et 31 nouvelles demandes. Le ministère a néanmoins refusé d’accorder l’autorisation d’exercer à 118 partis. Au mois de septembre, ils étaient environ 105 partis agrées. Dans la réalité, selon un observateur tunisien de la scène politique, ils seraient une douzaine de partis à avoir un ancrage réel.
Les femmes se méfient du parti islamiste Ennahda
Mais il n’y pas que les ex-responsables du RCD qui ont créé de nouveaux partis. Même les islamistes sont derrière ce foisonnement. Nous le saurons en discutant avec Imen, magistrate.Le statut de la femme en Tunisie est unique ; tout le monde le sait. L’apparition du mouvement islamiste, après le triomphe de la révolution du 14 janvier, et ses manifestations pour l’instauration du «khalifat»  sont un sujet d’inquiétude, surtout pour les femmes. Pour Imen, magistrate, «le paysage politique, aujourd’hui, est un peu ambigu. Donc, on n’arrive pas à saisir les vrais enjeux politiques ou sociaux. En tant que femme, la seule menace que présente ce nouveau processus dans cette étape postrévolutionnaire est relative aux droits de la femme, à la préservation des droits de la femme. On a un statut un peu connu partout dans le monde, le code du statut personnel, qui a préservé un certain nombre de droits pour la femme, des libertés sur le plan politique, sur le plan social ou sur le plan conjugal. Donc, on risque de déraper un petit peu sur  ce plan là».
Comment Imen voit-elle cette menace ? «C’est la montée des islamistes. On a Ennahda, mais on a d’autres nouveaux partis politiques qui ont opté pour quelques tendances ou idées adoptées par Ennahda. Le nom ou l’appellation politique du parti politique ne traduisent pas leurs tendances islamistes, mais nous, citoyens tunisiens, nous connaissons leurs dirigeants. On sait que le président ou le secrétaire général de tel parti ou tel autre a des tendances islamistes», répond-elle.
Ces partis sont-ils nombreux ? «On a fait un petit sondage sur facebook, je crois qu’ils sont au nombre de dix à quinze.» «Aujourd’hui, il  y a 111 partis autorisés et légaux et au moins une dizaine qui ont des tendances islamistes extrémistes.»
Quels enjeux pour les prochaines élections ?
«Tout reste ambigu et je suis assez pessimiste. Ce qui compte, pour moi, c’est la sécurité  des biens et des personnes. On assiste aujourd’hui à des actions de perturbation et de déstabilisation et des actions criminelles et je n’arrive pas à trouver le temps pour penser aux enjeux politiques», ajoute Imen.Selon une consultante européenne qui connaît bien la Tunisie, les islamistes seraient crédités de 30 à 40% d’intentions de vote pour les élections de la Constituante, le 23 octobre.
Adnen Hasnaoui, militant des droits de l’homme et journaliste, n’est pas du même avis, même s’il est d’accord avec les inquiétudes exprimées par Imen. Tout Tunis connaît Adnen qui avait déjà, en 2008, dans un article, interpellé Ben Ali alors pour un changement démocratique. Ce qui lui avait valu une interpellation par la police. Il serait le premier à avoir utilisé l’expression «révolution du Jasmin» pour illustrer la révolution du 14 janvier.
Consensus pour un Etat de droit
«Il est impossible que les islamistes d’Ennahda prennent la majorité aux prochaines élections de la Constituante du 23 octobre», nous affirme t-il. «Il est impossible que les Tunisiens leur donnent la majorité des suffrages», martèle-t-il. A propos de la situation politique actuelle, Adnen estime que «la situation d’aujourd’hui est la même que celle d’un malade qui était en salle d’opération. Il aurait pu subir une deuxième opération, mais il est sorti pour aller réanimation. Maintenant, il en est sorti et une deuxième intervention aurait pu lui faire perdre des forces. Il aurait été possible qu’il y ait une contre-révolution, elle n’a pas eu lieu... Maintenant, on va vers des élections, il y aura peut-être des problèmes, mais il y a eu un consensus pour des élections et pour qu’un nouveau gouvernement poursuive le processus démocratique».
A propos  de la peur que suscitent les islamistes, Adnen est objectif : «La peur que les gens expriment vis-à-vis du danger des islamistes est réelle, mais d’une autre côté, il y a des forces politiques qui gonflent cette peur pour gagner plus de sièges. Mais la peur vis-à-vis des islamistes est justifiée. Il ne faut pas oublier que  les islamistes en Tunisie ne sont pas les islamistes de 1987 ou des années 1990. Ils ont rendu public leur programme et se sont prononcés pour un Etat de droit et ils acceptent de travailler avec d’autres forces politiques pour gouverner. Ils ont déclaré qu’ils ne pouvaient pas régler les problèmes seuls, qu’ils doivent travailler avec les autres partis politiques, qu’ils ont besoin de l’aide la communauté internationale pour régler les vrais problèmes que vivent les citoyens comme le chômage et assurer le respect des libertés. Ils veulent même obtenir un statut avancé avec l’Europe.»
Pour preuve, ajoute Adnen, «la manière dont Ghannouchi a effectué un marathon pour  accueillir Erdogan à 11h du soir à Tunis, est aussi un signal qu’ils ont choisi la voie des islamistes turcs. Les islamistes ne sont pas dangereux pour les 5 ou les 10 prochaines années». «Pour asseoir la démocratie et construire un Etat de droit, les élites politiques doivent se préparer pour l’avenir et assurer la séparation des pouvoirs», nous confie-t-il encore.

«Mon peuple, tu es la voix»: une chanson pour inciter les Tunisiens à voter


Enti Essout"..."tu es la voix": cette chanson est diffusée depuis quelques jours pour inciter les électeurs à aller voter le 23 octobre, premier scrutin de la Tunisie post-Ben Ali.

Une chanson composée par de jeunes artistes tunisiens, intitulée "Enti Essout" ("tu es la voix") est diffusée depuis quelques jours pour inciter les électeurs à aller voter le 23 octobre, premier scrutin de la Tunisie post-Ben Ali.
Soutenue et financée par le Programme de l’ONU pour le Développement (PNUD), la chanson est diffusées sur les ondes, téléchargeable gratuitement, et le CD sera distribué lors de caravanes de sensibilisation à travers le pays, indique le site officiel.
"Mon peuple, tu es la voix", dit le refrain de la chanson, en arabe et avec quelques passages en français: "Demande aux martyrs, c’est pas facile de partir/Il faut agir et foncer/Finir ce qu’on a commencé/Liberté, solidarité, démocratie".
Elle est interprétée par six jeunes chanteurs et musiciens, dont Bendir Man, un chanteur de 26 ans connu pour ses textes critiques sous le régime de Ben Ali.
Les Tunisiens sont appelés aux urnes le 23 octobre pour élire une assemblée constituante, qui devra rédiger une nouvelle constitution neuf mois après la fuite de l’ex-président Ben Ali, chassé le 14 janvier par un soulèvement populaire.

"Plus jamais peur" : témoignage sur la libération d'un peuple

Le 17 décembre 2010, un jeune vendeur ambulant de fruits et légumes s'immole à Sidi Bouzid, en Tunisie, pour protester contre la confiscation par la police de sa marchandise qu'il vendait sans permis pour faire vivre les siens. S'ensuit un mouvement de contestation générale contre le régime du président Ben Ali. La révolution tunisienne commence...


Plus jamais peur est une chronique des différents épisodes de la révolution tunisienne à travers trois figures emblématiques du mouvement : une cybermilitante, Lina Ben Mhenni, qui a défié le régime de Ben Ali en relatant sur son blog les moments clés de la contestation ; l'avocate Radhia Nasraoui, défenseuse des droits de l'homme, qui a payé cher son engagement, tout comme son époux souvent emprisonné ; et le journaliste indépendant Karem Chérif, qui a vécu les moments clés de cette révolution avec sa famille et le comité de son quartier.
Outre leur engagement et leur espoir d'une Tunisie plus libre, le dénominateur commun de ces personnages toujours susceptibles d'être arrêtés, cambriolés, c'est la peur. Cette peur, par métonymie, c'est aussi celle que connaissaient tous les Tunisiens et qui les a fait se taire pendant près d'un quart de siècle face à la dictature de Ben Ali. Peur d'être tabassé, envoyé en prison ou torturé...
Ainsi, l'un des slogans de cette révolution, entre "Dégage Ben Ali" et "Le pouvoir au peuple", était : "Plus jamais peur !". Au cours du documentaire, on comprend que cette peur a peu à peu changé de camp : au fur et à mesure que l'élan révolutionnaire prenait de l'ampleur, c'est le régime de Ben Ali qui se met à trembler devant ceux qui lui obéissaient encore quelques mois plus tôt.
Entre les manifestations de rue, les sit-in, les grèves de la faim et les répressions violentes, entre les grenades lacrymogènes, l'hymne national chanté comme un cri de guerre et les policiers qui montrent leur sympathie pour les révolutionnaires, Plus jamais peur rassemble les images fortes d'un peuple qui se libère après vingt-trois ans de régime dictatorial.
S'il ne fallait en retenir qu'une, ce serait peut-être celle de ce jeune diplômé qui s'est cousu la bouche pour montrer que la dictature de Ben Ali le réduit au silence, le musèle.
Tourné sur le vif, le documentaire restitue le sentiment d'urgence des révolutionnaires avec une caméra qui les suit au plus près, presque toujours portée à la main, et qui donne aux spectateurs le sentiment d'être au cœur de cette révolte historique.
A travers les personnages de la cybermilitante et de l'avocate, ce documentaire a aussi le mérite de souligner le rôle crucial des femmes dans cette révolution. Le réalisateur insiste également sur l'importance d'Internet et notamment de Facebook dans la propagation de cette révolte, soulignant ainsi le rôle qu'ont tenu les jeunes générations, instruites, ancrées dans la modernité, connectées au monde, ouvertes sur les autres cultures.

samedi 1 octobre 2011

Ces Sms de Leïla Ben Ali qui semaient le désordre en Tunisie

Le Tribunal de première instance de Tunis examinera bientôt une affaire ayant lien avec des Sms envoyés par Leïla Trabelsi à des hommes d’affaires et des responsables politiques pour semer la pagaille dans le pays.

Ces mystérieux Sms, on en avait déjà entendu parler, mais rares sont ceux qui les pris au sérieux. On se souvient, pourtant, des désordres provoqués dans certaines régions du pays et qui éclataient de manière intermittente, sans qu’on puisse en expliquer les causes, ni en démasquer les auteurs.
La thèse du complot fomenté par l’ex-couple présidentiel avec la complicité de certains de ses obligés restés en Tunisie avait longtemps alimenté les discussions dans le pays, sans que des preuves tangibles ne viennent les étayer. Les services de sécurité avaient annoncé l’arrestation d’individus distribuant des sommes d’argent à des délinquants et les incitant à semer l’anarchie dans plusieurs villes du pays (incendies, dégradations, destructions, agressions…), mais elles n’ont pas révélé les résultats des enquêtes menées ni l’identité des personnes arrêtés ni leurs desseins ni leurs commanditaires.
Qui provoquait les désordres?   
Aujourd’hui, les choses se précisent et les Tunisiens vont peut-être découvrir bientôt ceux qui les ont empêchés, des mois durant, de dormir tranquilles. Me Mohamed Chérif Jebali – qui s’est présenté jeudi en tant que témoin dans le procès du policier Samir Feriani – a, en effet, évoqué, à la surprise des présents (et de la Cour du Tribunal militaire) quelques éléments secrets d’une l’affaire qui sera bientôt examinée par le tribunal de première instance de Tunis.
Selon Me Samir Ben Amor, qui a eu accès aux détails de cette affaire, c’est Me Jebali qui, en tant que citoyen, a porté plainte. De quoi s’agit-il?
«Des Sms ont été envoyés à des hommes d’affaires, des responsables politiques (qui sont aujourd’hui à la tête de partis) et d’autres personnes pour qu’ils  provoquent le désordre et empêchent la transition démocratique», a avancé Me Ben Amor.
Les personnalités impliquées dans cette affaire, c’est-à-dire les destinataires des Sms, soudoyaient d’autres individus, leur procuraient des armes et les incitaient à mettre en œuvre ce plan diabolique visant à provoquer l’anarchie dans le pays pour justifier une reprise en main de la situation par les hommes de l’ex-président restés en Tunisie.
Selon la même source, le plan prévoyait l’enlèvement de personnalités ou des personnes proches des responsables du gouvernement actuel pour faire du chantage. Parmi les recommandations envoyées par Sms, Me Ben Amor parle d’attentats à l’explosif, notamment à la synagogue de la Ghriba à Djerba, à la caserne de Laâouina, au nord de Tunis, et dans d’autres lieux publics. Ce plan a, au final, échoué.
Des Sms reçus par erreur  
Car le «complot» a été démasqué quelques semaines avant l’arrestation de Samir Feriani. Et ceux qui y étaient associés ont préféré abandonner la partie.
Comment lesdits Sms ont-ils été découverts? «Ils ont été reçus, par erreur, par l’un de nos confrères. L’expéditeur a dû se tromper d’un chiffre en composant le numéro et son message a atterri par hasard chez l’avocat», explique Me Ben Amor. Qui ne veut pas en dire plus, l’instruction étant en cours. Tant que l’enquête n’est pas terminée, le nom de l’avocat destinataire – par inadvertance – des fameux Sms ne sera pas divulgué. On peut néanmoins se féliciter que les choses n’aient pas évolué dans le sens espéré par les comploteurs à la solde de Leila Ben Ali.

La Tunisie se prépare à des élections libres


Près de 1.500 listes ont été validées pour la campagne de l'élection constituante qui débute samedi.

Ce sera la première élection libre de l'Histoire de la Tunisie. Six après la révolution qui a fait tomber le régime de Ben Ali au pouvoir pendant 23 ans , les Tunisiens voteront pour constituer leur Assemblée constituante le 23 octobre prochain. La campagne électorale commence samedi.

1.500 listes validées

Près de 1.500 listes électorales ont été validées par l'Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie), chargée d'organiser le scrutin. Les premières statistiques montrent un raz-de-marée des listes indépendantes - 587 listes, rapporte le quotidien tunisien La Presse . Parité oblige, les femmes sont très bien représentées parmi les presque 11.000 candidats. Elles sont même 292 à être têtes de liste. Les jeunes sont également fortement mobilisés : ils représentent un candidat sur quatre.
Du côté des médias, on oscille entre liberté d'expression et respect des restrictions imposées par l'Isie. L'Instance a en effet fixé des règles assez strictes, comme l'interdiction de publier, commenter ou analyser des sondages d'opinion pendant la durée de la campagne. L'Isie justifie notamment cette décision par l'absence de cadre juridique et le manque de culture des sondages dans les organes de presse tunisiens, souligne l'agence de presse belge Belga . Les médias publics nationaux diffuseront tout de même des messages de trois minutes par liste jusqu'au scrutin. Les candidats ne pourront même pas compter sur les médias étrangers pour s'exprimer puisque seuls les médias accrédités pourront couvrir la campagne.

Les islamistes favoris

Le parti islamiste Ennahda semble malgré tout le grand favori du scrutin. Son président a déclaré qu'il était en faveur d'"un régime démocratique basé sur les valeurs de l'islam". Selon lui, les priorités de son parti sont l'instauration d'un régime parlementaire, la lutte contre le chômage et la corruption, l'indépendance de la justice et le respect de l'égalité homme/femme. Pour rassurer les milieux laïcs, Ennahda s'est engagé à "garantir la liberté de croyance et de pensée" et "les droits des minorités religieuses", et à "préserver les acquis de la femme".
Le principal enjeu de cette élection est finalement le taux de participation, dans un pays où l'on n'a jamais voté. Les Tunisiens de France se sont en tout cas précipité dans les ambassades et les consulats pour s'inscrire sur les listes électorales. Certains ont même posé des journées de congés pour faire la queue. "On est impatients de voter", avait confié l'un d'eux à Europe 1 en juillet dernier.

Tunisie : le PDM dévoile son projet constitutionnel

Le pôle Démocratique Moderniste (PDM) a organisé samedi 24 septembre 2011 à Tunis, un meeting, au cours du quel, il a dévoilé son projet constitutionnel. Le pôle milite pour la récupération des principes de la citoyenneté effective. Pour lui, la citoyenneté réside dans les droits et les libertés qui leur donneront une valeur intrinsèque.
Le PDM est fidèle à son engagement pour la parité et l’égalité homme femme. Dans 33 listes électorales, 16 femmes se présentent à la tête. Le Pôle a appelé également à la levée totale des réserves sur l’accord « CEDAW », qui garantit l’égalité en héritage entre homme et femme.
Il s’oppose à la discrimination au niveau du sexe, l’ethnie, la langue, la pensée, la couleur et la religion. Dans ce contexte, il a recommandé l’accélération de l'application des droits à l'égalité des chances notamment pour les jeunes, les femmes et les catégories démunies et défavorisées.
Le PDM s’engage, en outre, à garantir dans la Constitution la liberté à la croyance comme une valeur humaine fondamentale.
Par ailleurs, il défend les libertés individuelles et collectives ainsi que les droits civils et politiques connus. Préserver le patrimoine archéologique et culturel, est une priorité absolue.
Il propose également la promulgation d’un décret-loi portant sur la protection d’un minimum de dignité, à savoir le droit à un emploi, à un logement décent et à une éducation adéquate.
Le Pôle œuvre pour la création des commissions indépendantes de nature constitutionnelle. Ces dernières auront pour mission de défendre les droits de l'homme, garantir l'égalité des chances et combattre toutes formes de discrimination.
En ce qui concerne la religion, le Pôle opte pour la séparation entre la politique et la religion avec un léger amendement de l'article premier de l'ancienne constitution en y introduisant la Démocratie : « La Tunisie est un État démocratique, libre, indépendant et souverain: sa religion est l'Islam, sa langue l'arabe et son régime la République ».
La séparation totale entre les pouvoirs est une obligation. Le PDM est pour l’adoption d’un régime mixte parlementaire avec un Président élu pour 5 ans renouvelable une seule fois.
Concernant la période transitoire, le Pôle propose que l'Assemblée constituante se dote d'un règlement intérieur dans les brefs délais. Les lois et les décisions seront validées par la majorité sauf en ce qui concerne la rédaction de la Constitution.
Le PDM s’engage à la création d’une Cour constitutionnelle qui aura pour mission de suivre les lois promulguées par la Constitution. Il s’agit également de créer des commissions indépendantes qui seront chargées de contrôler la Banque centrale et le marché financier et ce afin d’éviter la corruption et protéger les données personnelles.
La souveraineté du peuple s’exerce à travers leurs représentants ou par un référendum. Le Pôle appelle au recours à la discrimination positive pour promouvoir la participation des femmes et des jeunes dans la vie publique et intégrer les handicapés dans la société civile.
En ce qui concerne le volet économique, le Pôle Démocratique Moderniste s’engage à l’édification d’une économie fondée sur la science, la connaissance et la créativité, tout en assurant les exigences d'une vie décente.
Il est nécessaire d’établir une économie socialiste afin d’éliminer les différences. L’Etat a un rôle prépondérant dans la construction d’une économie basée sur la recherche scientifique et les compétences tunisiennes spécialisées dans la technologie moderne.
Encourager l’initiative privée qui reflète la créativité du peuple, encadrer les jeunes promoteurs et faciliter l'accès aux micro-crédits sont des démarches à suivre.
Le Pôle milite pour le renforcement du développement durable, la communication entre les générations ainsi que les régions et la consolidation de la solidarité sociale.

Tunisie : le PDM promet 75 000 emplois en 2012

Le Pôle Démocratique Moderniste, (PDM) a présenté, lors d’une conférence de presse tenue jeudi 29 septembre 2011, son programme économique et social ainsi que ses conceptions constitutionnelles pour la Tunisie, après le 23 octobre.
 
M. Mahmoud Ben Romdhan, l’économiste chargé du programme économique et social du PDM, a entamé sa présentation par une évaluation de la situation économique du pays. Selon lui, l’économie passe par une phase délicate, pire que celle de décembre 2010. Cette situation exige la conjugaison des efforts afin de réinstaller l’environnement qui assure la sécurité et des citoyens et des avoirs : « C’est uniquement par cet environnement qu’on pourra regagner la confiance des investisseurs et par conséquent reprendre le dynamisme de l’activité économique et pousser davantage le taux de la croissance ».
Le pôle ambitionne de faire de la Tunisie, un acteur économique régional et actif dans le processus de la mondialisation. Il préconise un ensemble de rectifications dont une réforme fiscale profonde pour la redistribution des richesses du pays et l’instauration d’une égalité sociale capable à financer les interventions urgentes au profit des classes les plus vulnérables, l’assainissement du secteur bancaire, le développement de la bourse et du marché monétaire, la mise en place d’un pôle bancaire géant au profit des tunisiens à l’étranger afin qu’il soient au centre de l’opération de la reconstruction du pays.

M. Mahmoud Ben Romdhan, l’économiste chargé du programme économique et social du PDM, a entamé sa présentation par une évaluation de la situation économique du pays. Selon lui, l’économie passe par une phase délicate, pire que celle de décembre 2010. Cette situation exige la conjugaison des efforts afin de réinstaller l’environnement qui assure la sécurité et des citoyens et des avoirs : « C’est uniquement par cet environnement qu’on pourra regagner la confiance des investisseurs et par conséquent reprendre le dynamisme de l’activité économique et pousser davantage le taux de la croissance ».
Le pôle ambitionne de faire de la Tunisie, un acteur économique régional et actif dans le processus de la mondialisation. Il préconise un ensemble de rectifications dont une réforme fiscale profonde pour la redistribution des richesses du pays et l’instauration d’une égalité sociale capable à financer les interventions urgentes au profit des classes les plus vulnérables, l’assainissement du secteur bancaire, le développement de la bourse et du marché monétaire, la mise en place d’un pôle bancaire géant au profit des tunisiens à l’étranger afin qu’il soient au centre de l’opération de la reconstruction du pays.

vendredi 30 septembre 2011

Pourquoi je voterai PDM

Le 23 Octobre, il faudra déposer un bulletin dans l’urne. Comme tous les citoyens de mon pays, je le ferai avec émotion et responsabilité. Je le ferai surtout avec la gratitude et le respect que je dois à nos jeunes et à nos martyrs, dont le courage et le sacrifice me permettent aujourd’hui – à l’âge d’être grand père – de voter pour la première fois de ma vie. Et de le faire en tant que citoyen libre d’un pays qu’ils ont libéré de ses chaînes et de ses peurs.

Pourtant, malgré ou à cause de la profusion de l’offre, je ne pourrai pas voter pour la liste de mes rêves. Car celle-ci aurait résulté d’une large alliance allant du PDP à Ettakatol en incluant le PDM, Afek Tounès, ainsi que les indépendants de Dostourna et au delà. Une alliance qui se serait focalisée sur la réponse qu’il convient d’apporter à la seule question du jour : quelle constitution voulons nous pour notre pays, et quel pays voulons nous laisser à nos enfants?

Pour des raisons sur lesquelles il n’est plus utile de revenir, cette alliance n’a pas vu le jour. Alors, tout en souhaitant bon vent aux listes citées, j’ai décidé – puisqu’il faut choisir l’une d’entre elles – de voter pour le PDM. Non seulement pour ce qu’il offre aujourd’hui, mais surtout pour le potentiel d’avenir qu’il recèle.

Tout d’abord sur le terrain de l’unité. Une fois la transition passée, notre paysage politique s’éclaircira en effet pour ne laisser la place qu’à trois ou quatre formations significatives, une demi-douzaine tout au plus. C’est le lot de toutes les démocraties du monde, et la Tunisie n’y dérogera pas. Le PDM préfigure ce mouvement, auquel finiront par se rallier tous ceux qui le refusent aujourd’hui dans le seul souci de se compter. Ayant appelé sans relâche à cette unité, la cohérence me commandait de porter ma voix sur la seule liste qui ait répondu à mon voeu.

En second lieu, le PDM annonce aussi la Tunisie de la parité, celle que depuis Elyssa jusqu’à Tahar Haddad, Mohamed Tahar Ben Achour et Habib Bourguiba, des générations de grands tunisiens ont construite pierre après pierre avant de nous la léguer. En appliquant la parité à ses têtes de listes, le PDM met ses pas dans les leurs. Il va au-delà d’une loi certes louable, mais qui ne permettait pas l’entrée significative des femmes à la Constituante. Convaincu pour ma part que – selon le mot d’Aragon – « la femme est l’avenir de l’homme », et plus encore dans cette étape cruciale où nos avancées séculaires en la matière sont en jeu,  je veux par mon vote saluer son courage et sa perspicacité.
   
En troisième lieu, le PDM répond de manière convaincante à la question de notre identité. Depuis 55 ans, l’article 1er de la constitution – tout l’article 1er, mais rien que l’article 1er – ne nous a interdit aucune des avancées majeures qui ont été les nôtres. Car avant d’être l’otage de certains courants rétrogrades, l’Islam a longtemps été un facteur de progrès et de modernité. Nous pouvons – nous devons – retrouver ce rôle en revendiquant fièrement et sans peur cet Islam originel des lumières. Car c’est celui de notre prophète, qui invitait sa communauté à rechercher la science jusqu’en Chine, celui de la Beït El Hikma d’Al Ma’mun et de ses savants, celui d’Ibn Khaldoun qui pouvait affirmer sans mentir que « nul ne peut comprendre les mathématiques s’il ne connaît l’arabe ». C’est enfin celui des penseurs musulmans de la renaissance et du XXème siècle, au nombre desquels notre pays peut s’enorgueillir de compter certaines des figures majeures.

Le 23 Octobre, je voterai donc pour une Tunisie ancrée dans ses valeurs et son héritage tout en étant ouverte aux cultures du monde, une Tunisie de tolérance et d’égalité entre ses citoyens et ses citoyennes, une Tunisie démocratique et actrice de la modernité, productrice de science et de culture, porteuse de valeurs et de civilisation. C’est ce pays que je voudrais laisser à mon fils, à ma fille et à leurs enfants. Et c’est pourquoi je voterai PDM.

mardi 27 septembre 2011

La laïcité, enjeu dans la Tunisie de l'après-révolution

Le documentaire sur la société tunisienne après la révolution, Laïcité, inch'Allah !, vient de sortir dans les salles en France. La réalisatrice Nadia El-Fani, qui défend la séparation entre l'Etat et la religion, répond aux questions du quotidien algérois El-Watan.

Laïcité, inch'Allah !, c'est un projet de société ?
C'est ce que je développe dans le film. Quel projet nous avons pour la Tunisie et comment continuer à vouloir que la Tunisie reste dans la modernité et refuser la régression. Parce que, pour moi, si les islamistes gagnent du terrain, ce sera le début de la régression.

Est-ce que la société tunisienne, et pas seulement les cercles citadins, est réceptive à ce projet et est-elle prête à se battre pour le réaliser ?
Ce qui est un peu différent pour la société tunisienne par rapport aux deux autres grands pays maghrébins, le Maroc et l'Algérie, c'est l'existence d'une importante classe moyenne qui est habituée aux pratiques laïques dans son quotidien et dans l'histoire de la Tunisie, puisque Bourguiba [président de 1957 à 1987] avait instauré des pratiques laïques. Je le rappelle un peu dans le film, Bourguiba avait empêché que pendant le ramadan soient aménagés des horaires spéciaux, il avait même exhorté le peuple – dans un discours de 1961  – à ne pas faire le ramadan en disant que le plus grand des djihads, c'était le djihad du développement, et qu'économiquement le ramadan coûtait cher au pays à cause de la baisse de productivité qu'il entraîne.

Mais qu'aujourd'hui, comme on le voit dans votre film, les "dé-jeûneurs" soient dans l'obligation de se cacher, est-ce que ce n'est pas un recul par rapport à cette position de Bourguiba ?
Bien sûr. Ben Ali est à l'origine de ce recul. Dès qu'il est arrivé au pouvoir [en 1987], la première décision qu'il a prise a été la diffusion de l'appel à la prière à la télévision. C'était le début des concessions aux islamistes. Non seulement il a voulu autoriser Ennahda [parti politique islamiste tunisien], avant de l'interdire par la suite et de réprimer très durement ses membres, mais il a aussi tenté de s'allier aux islamistes. Il faut rappeler aux Tunisiens que Ben Ali a instrumentalisé la religion pour mieux donner des gages aux islamistes.

La laïcité est devenue une priorité...
Je pense que c'est un véritable enjeu de société, parce que, si ça ne l'était pas, je ne vois pas comment expliquer la virulence et la violence des attaques islamistes à l'égard de mon film. Pour les islamistes, c'est une menace, et, pour nous, ce serait entrer définitivement dans la modernité et de plain-pied dans le troisième millénaire. Nous sommes entrés dans la modernité en faisant la première révolution du monde arabe du troisième millénaire, maintenant il faut qu'on continue sur cette voie. Si on veut achever le travail qui a été accompli le 14 janvier, il faut voter pour une Assemblée constituante en faveur de la laïcité, soit de la séparation de la religion et de l'Etat.

N'y a-t-il pas là aussi un travail d'explication et de clarification à faire autour du concept de laïcité ?  
On a été pris de vitesse par les islamistes, qui ont réussi, aidés par leurs chaînes satellitaires, à faire croire au peuple tunisien comme aux autres peuples arabes que la laïcité imposerait l'athéisme. Aujourd'hui, les progressistes ont du mal à contrer cette idée reçue.

Que disent les Tunisiens attachés à la laïcité aux islamistes qui disent que "le Coran est notre Constitution" ?
Les islamistes tunisiens vont abandonner ce slogan parce que cela ne marche pas. Pendant la révolution ils étaient absents de la lutte, alors qu'ils ne l'étaient pas en Egypte.

Ils ont toutefois vite occupé le terrain.
Parce qu'ils ont eu énormément d'argent. Ce sont eux qui ont réussi à le mieux s'organiser, en premier lieu parce qu'ils étaient préparés – ils manient très bien les outils de communication, ils ont des gens qui ne font que cela, travailler sur Internet toute la journée.

Les Tunisiens sont-ils prêts à la laïcité ?
Ils sont d'accord pour que la religion soit séparée de l'Etat, il y a les  pro-Ennahda qui représentent, paraît-il, 25 %, cela laisse 75 % qui ne sont pas pour que la religion régisse notre vie, et, là-dessus, effectivement, il va falloir se battre au niveau des idées. Etaient-ils prêts à la parité ? Pourtant, la parité, on l'a fait voter. Ce qui est triste, c'est de voir que les plus conformistes, les plus pro-islamistes, ce sont les jeunes. En même temps, c'est la génération qui n'a connu que Ben Ali, et la seule force politique organisée face au régime de Ben Ali, c'est l'opposition islamiste, les progressistes étaient absents pour diverses raisons. C'est facile d'embrigader les gens par des prêches tendancieux et ambigus, en faisant du social dans les quartiers parce qu'on a de l'argent. La gauche, personne ne la finance. Quand on a voté l'interdiction du financement étranger pour les partis candidats aux élections, Ennahda a quitté la haute instance de la révolution.

Etes-vous confiante quant à l'issue du rendez-vous électoral du 23 octobre ?
J'étais, comme tout le monde au lendemain de la révolution, très euphorique et très optimiste. Et puis, après, on fait face à la réalité et on se dit que le combat n'est pas terminé. J'ai confiance en la maturité du peuple tunisien, parce que je trouve qu'il a été exemplaire dans cette révolution, il ne s'est pas laissé tromper.

Instruit de l'expérience algérienne ?
Une expérience dramatique. Après ce qu'on a vécu avec Ben Ali, le pouvoir en Algérie était beaucoup moins dictatorial qu'il ne l'était ici. Ben Ali, c'était la répression maximum, tout le monde avait peur de parler. Aujourd'hui, on voit que les méthodes des islamistes sont identiques, ils essaient de terroriser la population et d'empêcher les gens de parler, d'empêcher les cinéastes de montrer leurs films, d'empêcher des manifestations culturelles ou des représentations théâtrales.

Vous-même avez été obligée de changer le titre initial de votre film qui était "Ni Allah ni maître" ?
Le titre premier, je le reconnais, était provocateur, et je le revendiquais en tant que tel, parce que je considère que le rôle des artistes et des intellectuels est d'attirer l'attention et de poser des débats là où personne ne veut les poser.  Et ce débat sur la laïcité, je voyais bien que plus on avançait et moins les partis politiques voulaient le poser parce qu'ils ont peur que des électeurs ne leur échappent. Les valeurs de la gauche, c'est la laïcité, donc je ne vois pas pourquoi la gauche a peur de dire qu'elle est pour la laïcité et essaie de faire croire qu'on ne va jamais changer l'article 1 de la Constitution.

Vous êtes en procès...
De la part des islamistes. Après l'attaque du cinéma qui projetait mon film, il y a eu une grande campagne de soutien de la presse écrite. Comme ils ne savaient pas quoi faire, les islamistes ont dépêché trois de leurs avocats à la télévision : ils ont annoncé qu'ils n'avaient pas vu le film, mais qu'ils portaient plainte contre moi pour atteinte au sacré, pour atteinte aux bonnes mœurs et pour atteinte à un précepte religieux. Trois plaintes que le procureur de la République a reçues.

Cela ne veut-il pas dire que la justice est réceptive aux adversaires des défenseurs de la laïcité ?  
Pendant toutes ces années de dictature, les islamistes ont creusé le terrain, ils avaient compris que, pour se défendre, il fallait des avocats islamistes qu'ils ont financés, beaucoup sont militants d'Ennahda. Cela étant, parmi les avocats, beaucoup sont progressistes et ont participé massivement à la révolte de janvier. Un comité d'avocats s'est créé pour me défendre, avec, à leur tête, le président d'un parti libéral de droite. Les islamistes prétendent que j'attaque l'islam et que j'insulte les musulmans, c'est faux. Ils n'ont pas vu le film. Je suis passée à la télévision et j'ai dit ce que je dis dans le film, que je ne crois pas en Dieu et que je n'ai aucune raison de me soumettre à une loi divine que je ne reconnais pas. Et, pour eux, c'est faire acte de reniement, sauf que ces gens oublient que si on ne reconnaît pas la loi divine on n'a aucune raison de se soumettre à cette loi-là. La loi tunisienne n'a jamais obligé qui que ce soit à croire en Dieu et reconnaît la liberté de conscience. Pour moi, la liberté de conscience, c'est la première des libertés, pour qu'ensuite chacun puisse être maître de ses choix politiques. Je ne les empêche pas de défiler en criant "Allah akbar !", je ne vois pas pourquoi ils m'empêcheraient de dire que je ne crois pas en Dieu.

Vous êtes de ceux qui disent "Je suis libre et je n'ai pas peur"...
Oui, et comme le disait [l'écrivain algérien] Tahar Djaout : "Si tu parles tu meurs, si tu te tais tu meurs, alors parle et meurs."



lundi 26 septembre 2011

Mustapha Ben Jâafar n’exclut pas une alliance avec Ennahdha (Mise à jour avec vidéo)

Invité samedi 24 septembre par Naoufel Ouertani, dans le cadre de l’émission « Labess » sur la chaîne Ettounsiya, Mustapha Ben Jaâfar, leader d’Ettakatol, n’a pas exclu une alliance avec Ennahdha après les élections.

La question du journaliste était claire et directe, mais la réponse de M. Ben Jaâfar était imprécise et évasive. Il ne dit pas qu’il va accepter une alliance avec Ennahdha, mais il ne rejette pas non plus, à l’instar d’autres partis comme le PDP ou le PDM.

Fidèle à ses habitudes consensuelles, Mustapha Ben Jaâfar laisse donc la porte ouverte à toutes les éventualités lui permettant d’obtenir un maximum de sièges.

Mise à jour lundi 26 septembre à 10h49 :

Suite aux commentaires de plusieurs lecteurs, mettant en doute les propos attribués à M. Ben Jâafar, nous leur mettons à disposition l'enregistrement de l'émission. Le passage objet de notre article démarre à la 10ème minute. Nous rappelons également que nous sommes indépendants et nous ne soutenons aucun parti.

Interview de Mustapha Ben Jâafar par Naoufel Ouertani
 

Au Kef, les Tunisiens désarmés face à l'agitation de salafistes


(Du Kef, Tunisie) « Des salafistes s'apprêtent à détruire la basilique antique du Kef », ainsi commence l'histoire, par un buzz sur les pages Facebook de ceux qu'inquiète l'activisme des islamistes en Tunisie. Le 15 septembre, une vingtaine de barbus investissent le bâtiment, annoncent qu'ils veulent le transformer en mosquée et promettent de revenir le lendemain pour la prière du vendredi.
Ils sont évacués par la police ; le gouverneur leur concède en échange le droit de venir prier dans les jardins et leur demande de transmettre leur requête aux différents ministères compétents (les Affaires religieuses, le Patrimoine, la Culture… ). Manière de contenir le problème dans sa dimension légale et administrative, puisque l'édifice est classé monument historique depuis 1894.
Comme promis, les salafistes reviennent le lendemain, bien organisés : sono, tapis de prière, distribution de sandwiches et, depuis, affichettes placardées dans la ville, pétition… il n'est pas certain que les lenteurs administratives épuisent leur détermination.
L'incident, limité à quelques dizaines de radicaux, pourrait sembler promis à l'insignifiance, vite balayé par les difficultés considérables que la Tunisie post-dictature doit affronter. Et pourtant, il obsède.

Au Kef, ville en déclin, 40% de chômeurs

Direction Le Kef, non pas pour savoir si la basilique est une mosquée, un musée ou une piste de danse, mais pour comprendre pourquoi le sort de quelques vieilles pierres peut empoisonner l'atmosphère d'une ville que préoccupent avant tout un taux de chômage officiel de 40% et son déclin depuis les années 70.

Situé à quelques kilomètres de la frontière algérienne (et de Sakiet Sidi Youssef), le Kef est une vieille ville, où depuis 2 500 ans se sédimentent les traces des civilisations qui s'y sont succédées.
Dominée par une forteresse ottomane du XVIIe siècle, la kasbah, qui surplombe l'une des plus belles médinas de Tunisie. C'est aussi un foyer de vie culturelle : école de maalouf (la musique judéo-arabo-andalouse), première troupe de théâtre de professionnelle du pays… Et un exemple de tolérance : une église, une petite synagogue font partie du paysage.
Une parfaite illustration de « la Tunisie carrefour des civilisations méditerranéennes » vantée par les guides touristiques. Mais aussi de la marginalisation des villes de l'intérieur sous l'ère Ben Ali.

« En 1956, presque plus personne ne venait à la mosquée »

Au pied de la kasbah, un bâtiment bas, carré, percé d'un atrium et, depuis le début de l'affaire, fermé et gardé par deux militaires, la fameuse basilique dont Mohamed Tlili, archéologue, résume l'histoire :

« Depuis la fin du XVIIIe, c'était la grande mosquée du Kef. Mais à partir de 1881, elle était de moins en moins fréquentée. En 1886, un archéologue français a découvert des traces de l'origine chrétienne du bâtiment, remontant au IIIe ou IVe siècle.
C'est l'époque où le cardinal Lavigerie, archevêque et fondateur des Pères blancs, dans un esprit de Croisade, voulait récupérer les églises “profanées” par les musulmans. C'est dans ce contexte qu'on a parlé de basilique, mais c'est une exagération. L'édifice a bien une fonction chrétienne, mais ne présente aucun des signes distinctifs d'une basilique.
A l'indépendance, en 1956, quasiment plus personne ne venait à la mosquée. En 1966, Bourguiba décide d'en faire un site archéologique et de construire une grande mosquée plus proche du nouveau centre de la ville.
A partir de 1975, en tant que délégué régional du patrimoine, j'ai entrepris la restauration du lieu et nous lui avons donné une vocation culturelle. »
Puis, en 2011, la révolution.

Dans une vidéo, un Saoudien s'en prend aux Tunisiens

Rejab, prof d'art dramatique, militant au grand cœur, avait repéré que depuis deux mois, une vidéo circulait sur Facebook :
« Un Saoudien explique qu'il est venu au Kef et qu'il y a vu une mosquée dont Bourguiba avait fait détruire le minaret pour la convertir en lieu de débauche. Il s'en prend aux Tunisiens qui laissent faire et demandent aux vrais musulmans de récupérer la mosquée. »
L'enjeu n'est évidemment pas le manque de place pour prier. C'est bien la question de l'identité qui resurgit dans un contexte post-dictature et pré-électoral. Rejab s'insurge contre cette entreprise de reconquête identitaire :
« Nous appartenons à la Méditerranée, la synthèse de toutes les civilisations qui se sont succédées ici, c'est cela l'esprit tunisien. Nous sommes fiers de notre dimension arabo-musulmane, mais réduire notre identité à cette seule dimension, c'est du négationnisme. »
Pas besoin de convoquer les intellectuels du Kef pour entendre ce discours. Un guide, un chauffeur retraité, un épicier pourront dire la même chose : « la basilique fait partie de notre patrimoine et ce patrimoine, c'est notre identité. »

« Derrière, il y a l'Arabie saoudite, le Qatar et la CIA »

La question n'était pas à l'ordre du jour de la révolution, elle n'est pas la priorité des Tunisiens accablés par le chômage et la pauvreté. Mais, et les Français ont payé pour le savoir, invoquer l'identité sur la scène politique, c'est lâcher une boule puante. Plus moyen d'y échapper, la question enflamme le débat, polarise la société, appelle l'anathème et l'exclusion réciproque.
Les militants de gauche ont leur idée sur les raisons de cette irruption :
« C'est une diversion. Derrière, il y a l'Arabie saoudite, le Qatar et la CIA, parce que les puissances impérialistes n'ont pas intérêt à ce qu'on parle de l'accaparement des richesses et veulent faire échouer la révolution au profit des islamistes. »
Un petit détour par les livres d'Histoire rappellerait que le rapport entre nationalisme, identité, religion et modernisation est l'un des débats structurants de la politique tunisienne depuis près d'un siècle. En attendant, l'explication ne fournit guère de solution au problème du jour.

« On ne va tout de même pas se battre avec eux ? »

Les sages de la médina veulent rester sereins :
« il faut régler le problème avec sagesse, ne pas répondre à la provocation par la violence. Ce sont les autorités qui devraient réagir. »
Difficile pour les Tunisiens de concevoir, après plus de cinquante ans d'Etat autoritaire, que l'autorité publique puisse être défiée et rester impuissante.
Côté société civile, on ne sait pas trop quelle stratégie adopter. « On ne va tout de même pas se battre avec eux ? » Des ados prévoient une soirée bière. Pas sûr que ce soit la meilleure idée…
Slim, professeur de sport, l'un des fondateurs d'une toute jeune association culturelle, veut organiser une festival culturel dans la basilique, avec concerts et courts-métrages, mais il avoue son désarroi :
« Dans l'action, ils nous dépassent en nombre. Ils s'adressent à des gens qui ne connaissent pas l'histoire de la ville, qui n'ont pas d'accès à la culture. Ils viennent prier et personne ne peut s'opposer à des musulmans qui veulent prier. C'est l'islam et les gens craignent de s'attaquer à la religion.
Sur Facebook, tout le monde est contre, mais personne ne va au contact de la population pour parler. »
Et au fond qu'en dit « l'opinion » : « Mosquée ou musée, qu'est-ce que ça change ? »

« Ces gens me font peur »

Mais la basilique n'est pas seule en cause. Les salafistes ont pris le contrôle des deux principales mosquées du centre-ville. C'est l'un d'eux, un jeune imam de 25 ans, qui est à l'origine de l'action.

Ils ont menacé de sortir les catafalques des fondateurs de la confrérie soufie installée dans le mausolée de Sidi Bou Makhlouf. Un petit bijou d'architecture à deux pas de la basilique et qu'entretient une vieille dame, descendante des cheikhs qui reposent sous les coupoles ornées de stucs :
« Ces gens me font peur, mais je ne les laisserai pas faire. Avant, je laissais ouvert à tout le monde. Maintenant, je suis obligée de fermer la porte. »
Une semaine après leur première tentative, quelques salafistes sont venus jeudi soir autour de la basilique pour évaluer la possibilité de revenir prier le vendredi. Par mesure de prévention, l'armée l'a entourée de barbelés.
Victoire, provisoire, de l'Etat, ou défaite de la culture ? En tout cas le piège s'est déjà fermé sur la basilique du Kef.
Photos : La basilique du Kef (le 21 septembre 2011, Thierry Brésillon), Le Kef (Th. Brésillon), Mohamed Tlili (Th. Brésillon), la grande mosquée du Kef (Th. Brésillon).
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Tunisie-Sidi Bouzid : des projets générateurs d’emplois

Quatorze projets générateurs de 3387 emplois viennent d'être approuvés à Sidi Bouzid. Les travaux démarreront bientôt pour un coût global estimé à 77 millions de dinars.
Il s'agit d'une unité de production du carbonate de calcium, d'une usine de mise en bouteille d'eau minérale, d'une pépinière agricole (30 ha), d'une usine de textile, d'une société de transport de marchandises, d'une unité de fabrication de cires et d'emballage du miel, d'une fabrique de conserves de tomates, de Harissa et de grenadines, d'une unité de conserve d'olives et grignons et d'une autre spécialisée dans la préparation de pommes de terre frites.
Parmi ces projets figurent, également, la réalisation d'une unité de fabrication d'emballage, d'une unité de fabrication et de montage de générateurs électriques, d'une unité de fabrication de gaines et de stérilisations médicales, d'une unité de production du stevia et d'un centre d'apiculture.

Tunisie : le PDM dévoile son projet constitutionnel

Le pôle Démocratique Moderniste (PDM) a organisé samedi 24 septembre 2011 à Tunis, un meeting, au cours du quel, il a dévoilé son projet constitutionnel. Le pôle milite pour la récupération des principes de la citoyenneté effective. Pour lui, la citoyenneté réside dans les droits et les libertés qui leur donneront une valeur intrinsèque.
Le PDM est fidèle à son engagement pour la parité et l’égalité homme femme. Dans 33 listes électorales, 16 femmes se présentent à la tête. Le Pôle a appelé également à la levée totale des réserves sur l’accord « CEDAW », qui garantit l’égalité en héritage entre homme et femme.
Il s’oppose à la discrimination au niveau du sexe, l’ethnie, la langue, la pensée, la couleur et la religion. Dans ce contexte, il a recommandé l’accélération de l'application des droits à l'égalité des chances notamment pour les jeunes, les femmes et les catégories démunies et défavorisées.
Le PDM s’engage, en outre, à garantir dans la Constitution la liberté à la croyance comme une valeur humaine fondamentale.
Par ailleurs, il défend les libertés individuelles et collectives ainsi que les droits civils et politiques connus. Préserver le patrimoine archéologique et culturel, est une priorité absolue.
Il propose également la promulgation d’un décret-loi portant sur la protection d’un minimum de dignité, à savoir le droit à un emploi, à un logement décent et à une éducation adéquate.
Le Pôle œuvre pour la création des commissions indépendantes de nature constitutionnelle. Ces dernières auront pour mission de défendre les droits de l'homme, garantir l'égalité des chances et combattre toutes formes de discrimination.
En ce qui concerne la religion, le Pôle opte pour la séparation entre la politique et la religion avec un léger amendement de l'article premier de l'ancienne constitution en y introduisant la Démocratie : « La Tunisie est un État démocratique, libre, indépendant et souverain: sa religion est l'Islam, sa langue l'arabe et son régime la République ».
La séparation totale entre les pouvoirs est une obligation. Le PDM est pour l’adoption d’un régime mixte parlementaire avec un Président élu pour 5 ans renouvelable une seule fois.
Concernant la période transitoire, le Pôle propose que l'Assemblée constituante se dote d'un règlement intérieur dans les brefs délais. Les lois et les décisions seront validées par la majorité sauf en ce qui concerne la rédaction de la Constitution.
Le PDM s’engage à la création d’une Cour constitutionnelle qui aura pour mission de suivre les lois promulguées par la Constitution. Il s’agit également de créer des commissions indépendantes qui seront chargées de contrôler la Banque centrale et le marché financier et ce afin d’éviter la corruption et protéger les données personnelles.
La souveraineté du peuple s’exerce à travers leurs représentants ou par un référendum. Le Pôle appelle au recours à la discrimination positive pour promouvoir la participation des femmes et des jeunes dans la vie publique et intégrer les handicapés dans la société civile.
En ce qui concerne le volet économique, le Pôle Démocratique Moderniste s’engage à l’édification d’une économie fondée sur la science, la connaissance et la créativité, tout en assurant les exigences d'une vie décente.
Il est nécessaire d’établir une économie socialiste afin d’éliminer les différences. L’Etat a un rôle prépondérant dans la construction d’une économie basée sur la recherche scientifique et les compétences tunisiennes spécialisées dans la technologie moderne.
Encourager l’initiative privée qui reflète la créativité du peuple, encadrer les jeunes promoteurs et faciliter l'accès aux micro-crédits sont des démarches à suivre.
Le Pôle milite pour le renforcement du développement durable, la communication entre les générations ainsi que les régions et la consolidation de la solidarité sociale.

dimanche 25 septembre 2011

Tunisie – Pôle démocratique moderniste : droit dans le concret

Au cœur de cette phase pré-électorale, et après celle de fin des dépôts des listes candidates aux élections de la Constituante, les partis politiques et indépendants s’empressent d’annoncer au public leurs listes, têtes de listes et par la même occasion de présenter leurs programmes politiques, économiques et constitutionnels. Le Pôle Démocratique Moderniste (PDM), issu d’un regroupement de quatre partis politiques, de cinq initiatives civiles et de plusieurs indépendants, a synthétisé sa vision en un programme constitutionnel tout en dressant le portrait de la société à laquelle aspirent ses adhérents.

Dans une ambiance festive, et une présence massive, des politiciens, des hommes et femmes d’affaires, des intellectuels, des célébrités, des jeunes et des moins jeunes, ont pris part au meeting organisé samedi 24 septembre par le Pôle Démocratique Moderniste, au Palais des Congrès de Tunis.
L’atmosphère était conviviale à un point tel qu’on se croirait à une réception où les présents discutaient en petits groupes et avaient du mal à s’installer à leurs sièges. Une présence était remarquable, celle de quelques célébrités surtout féminines. On citera, notamment, les actrices Mouna Noureddine et Kaouther Bardi, la cinéaste Dorra Bouchoucha ou encore la journaliste et militante féministe, Dorra Bouzid. Interrogée sur les motifs de sa présence, Mouna Noureddine a affirmé avoir répondu à une invitation personnelle au meeting en tant que sympathisante du Pôle.

 Finalement, après environ une heure de retard, le meeting a démarré avec un speech présenté par Riadh Ben Fadhl, membre fondateur du Pôle et ne portant aucune couleur politique. En effet M. Ben Fadhl, qui n’est pas candidat aux prochaines élections, a mis en exergue la volonté prononcée du Pôle à être une réponse aux multiples appels citoyens à la formation d’un front élargi se rassemblant autour d’un ensemble de principes et exprimant un projet sociétal moderniste.
Ce Pôle, créé le 31 mai 2011, compte aujourd’hui quatre partis politiques, Ettajdid, le Parti Socialiste Gauchiste, le Parti Républicain et la Voie du Centre, auxquels s’ajoutent cinq groupements d’initiatives civiles indépendantes. Riadh Ben Fadhl a rappelé que la devise du PDM est bel et bien l’altruisme et l’amour de la patrie.
Le PDM offre par sa diversité une richesse de son discours et une exhaustivité de son approche. Cette diversité a certainement compliqué la tâche du choix des candidats, mais les adhérents du PDM ont su surmonter cette difficulté d’après notre interlocuteur en dépit des critiques et des suppositions d’éclatement du Pôle. Ce qui explique, surtout, que le PDM n’a pas de leader porte-drapeau. C’est tout le programme qui le représente et l’amour de la patrie qui l’alimente. « Voter pour nous, c’est voter utile », a conclu M. Ben Fadhl tout en indiquant que le PDM rejettera toute coalition et toute alliance avec des groupes extrémistes et religieux.
 C’est avec une grande fierté, que l’orateur a annoncé la vraie parité hommes-femmes dans les têtes de listes, avec 16 femmes. Cette annonce a valu un tonnerre d’applaudissement dans la salle. Une autre particularité a également été citée par M. Ben Fadhl, s’agissant de la plus jeune candidate aux élections, Amal Nasser, une étudiante à peine âgée de 24 ans. Il s’agit selon lui d’une confirmation concrète de la participation féminine et jeune dans les listes du PDM.
Sana Ben Achour, universitaire et présidente de l'Association tunisienne des femmes démocrates a, par la suite, pris la parole afin d’analyser les 55 points du programme constitutionnel et sociétal, un programme axé principalement autour des principes de citoyenneté, des libertés, d’un régime politique républicain démocratique, de la souveraineté absolue de la loi et, par conséquent, de la souveraineté de «la charte des chartes», la constitution.
La séparation entre la religion et la politique est une conviction ferme et chère au PDM, d’après Mme Ben Achour, une affirmation qui a suscité une autre ovation et un long moment d’applaudissement significatif. La question de l’identité arabo-musulmane est un faux-problème, selon elle, car il s’agit d’un héritage dont tout le monde est fier et personne ne le met en doute.

D’un autre côté, le volet socioculturel et civilisationnel du programme du PDM, met en exergue les droits de la femme, réclamant non seulement la préservation mais également la consolidation de ses acquis dans les questions d’état civil, d’emploi, d’éducation et d’héritage.
Le programme du PDM veille, en outre, à garantir les droits des enfants, des personnes âgées et des handicapés. La lutte contre la pauvreté, le droit à un logement décent pour tous et le droit à l’emploi constituent, par ailleurs, des garanties d’une vie digne, revendication principale des Tunisiens lors de la révolution. Il s’agit donc de répondre à ces attentes et à couper définitivement avec l’ancien système et ses injustices.
Le PDM propose, sur un autre plan, l’instauration d’un tribunal constitutionnel qui aura un « pouvoir énergique » sur les législateurs et veillera au respect strict de la constitution.
Sur le plan économique, le PDM opte pour un rôle prépondérant de l’Etat dans l’organisation et l’encadrement des institutions économiques avec une large possibilité à l’initiative privée libre et indépendante.

A l’image du meeting, le Pôle se veut représentatif de bon nombre de Tunisiens modernes et tolérants, des Tunisiens qui sont fiers de leur appartenance et s’acceptent quels que soient leur race, sexe, religion, couleur ou région. Une mosaïque humaine résultant d’un cumul historique et d’un patrimoine civilisationnel diversifié qui mérite d’être sauvegardé.

Mustapha Ben Jâafar n’exclut par une alliance avec Ennahdha


nvité samedi 24 septembre par Naoufel Ouertani, dans le cadre de l’émission « Labess » sur la chaîne Ettounsiya, Mustapha Ben Jaâfar, leader d’Ettakatol, n’a pas exclu une alliance avec Ennahdha après les élections.

La question du journaliste était claire et directe, mais la réponse de M. Ben Jaâfar était imprécise et évasive. Il ne dit pas qu’il va accepter une alliance avec Ennahdha, mais il ne rejette pas non plus, à l’instar d’autres partis comme le PDP ou le PDM.

Fidèle à ses habitudes consensuelles, Mustapha Ben Jaâfar laisse donc la porte ouverte à toutes les éventualités lui permettant d’obtenir un maximum de sièges.

Retour à Google Actualités Tunisie: le Parti démocrate progressiste vise la première place aux élections

TUNIS — Ancien opposant et fondateur du Parti démocrate progressiste (PDP, centre), Ahmed Nejib Chebbi ambitionne de faire de sa formation le premier parti en Tunisie, devant les islamistes d'Ennahda porteurs, selon lui, "d'un projet d'Etat idéologique".
Fondé en 1983, le PDP a longtemps été dans l'opposition légale à Zine El Abidine Ben Ali, et se présente comme une formation "centriste sociale", attirant notamment de nombreux hommes d'affaires.
"Aujourd'hui en Tunisie, il y a cent partis, mais deux grands courants: les islamistes d'Ennahda et le courant démocratique, qui comprend le PDP et trois ou quatre autres formations", estime M. Chebbi dans un entretien à l'AFP.
"Ennahda est aujourd'hui crédité de quelque 20% des suffrages. Mais le jeu reste totalement ouvert, plus de la moitié des Tunisiens étant indécis. Nous avons l'ambition de passer devant les islamistes et de devenir le premier parti", souligne-t-il.
Mais en cas de victoire des islamistes, "je m'inclinerai devant les résultats du vote. Le peuple souverain a le droit de se tromper", souligne M. Chebbi, qui exclut "à titre personnel" de participer à un gouvernement d'union nationale avec Ennahda.
Les Tunisiens sont appelés à élire le 23 octobre une assemblée constituante qui sera chargée de rédiger une nouvelle constitution pour le pays, neuf mois après la fuite de l'ex président Ben Ali, chassé du pouvoir par un soulèvement sans précédent.
Le PDP axe sa campagne sur "deux grands axes": création d'emploi et développement des régions intérieures du pays.
"La révolution est partie d'un fait social", rappelle M. Chebbi, alors que la Tunisie a officiellement un taux de chômage de 19% (contre 14% en 2010).
Le PDP prône une politique d'investissements publics massifs, de soutien aux PME, et vise le doublement des investissements directs étrangers (IDE) en Tunisie en assouplissant les textes les régissant.
En matière sociale, il plaide pour une "fiscalité équitable", notamment par la création d'une "TVA solidaire", et préconise la revalorisation du salaire minimum à 308 dinars nets mensuels (environ 154 euros) contre 286 actuellement.
Le projet de Constitution défendu par M. Chebbi prévoit un régime présidentiel avec élection du président au suffrage universel pour un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois, et l'impossibilité de dissoudre le parlement.
Pour M. Chebbi, l'élection de l'assemblée constituante "est un premier pas vers des élections générales" législatives et présidentielle. A 67 ans, il "n'exclut pas" de briguer un jour la magistrature suprême.
Jouissant de moyens financiers confortables --les contributions de sympathisants ou adhérents, selon M. Chebbi--, le PDP a déjà dépensé "des centaines de milliers de dinars" dans des campagnes de publicité audiovisuelle et d'affichage. Et ne décolère pas contre la décision de l'Instance supérieure indépendante pour les élections d'interdire la publicité politique jusqu'au démarrage officiel de la campagne, le 1er octobre.
"C'est un nivellement par le bas. La Tunisie a besoin d'une relève politique et les grands partis doivent pouvoir se faire connaître", martèle M. Chebbi, dont la formation a également bataillé contre un décret sur le financement politique des partis.
Le PDP est poursuivi en justice avec un autre parti, l'UPL, et la chaîne de télévision privée Nessma, pour n'avoir pas respecté l'interdiction de la publicité politique, entrée en vigueur le 12 septembre.

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